|
Lorsqu'on me demande ce que je fais comme travail, je réponds souvent « je fais des expériences au lab », comme pour beaucoup de doctorants en sciences naturelles et en génie. Pour moi, cette réponse a toujours été claire, jusqu’à ce que quelqu’un me demande : alors, c’est quoi tes « expériences » ?
Pendant quelques secondes, je n’ai pas su quoi répondre. C’est vrai, même pour des scientifiques, le mot « expérience » doit être différent. J’ai donc dû dire vaguement que c’est comme mettre du liquide A dans une fiole de liquide B… l’image typique d’une réaction chimique quoi. J’imagine que dans la tête de beaucoup de gens, le « scientifique » est un bonhomme aux cheveux gris (du genre Einstein) affublé d’une blouse blanche. Puis les laboratoires devraient ressembler à celui du Dr. Bishop dans la série « Fringe » où on peut quasiment tout faire avec des super technologies pour le moins avancées. Sur les paillasses se trouvent des béchers contenant du liquide : rouge, bleu, ou vert… du style scénaristique.
Mais pendant mes trois ans d’expérience au laboratoire (en génie biomédical/physique), je n’ai, en réalité, vu aucun chercheur avec des cheveux gris dans une blouse de lab… Au lab, on est qu’un tas de jeunes dans la vingtaine. Celui qui a des cheveux gris, c’est mon directeur. Mais contrairement au Dr. Bishop qui fait toujours des expériences intéressantes à côté de la table d’opération, mon directeur est toujours assis : soit devant son ordi en train de se noyer parmi les centaines de nouveaux courriels, soit au téléphone pour discuter d’affaires sérieuses, soit dans les bureaux des étudiants pour partager un verre (de pepsi diet) avec nous, soit dans une voiture ou un avion pour aller en réunion ou en conférence… Oh oui, avant la rentrée, il stresse plus qu’un étudiant avant son examen : il doit monter un ou deux cours et rédiger des demandes de subvention en plus de ses tâches quotidiennes. En résumé, mon premier constat au lab est que de porter une blouse blanche est réservé seulement à des « scientifiques en devenir ». Quand on devient un « vrai » scientifique, la tâche principale devient plus simple : s’assoir.
Je vous apprends aussi une autre astuce : si vous voyez un laboratoire avec les béchers contenant du liquide de belles couleurs, c’est souvent un laboratoire travaillant soit sur du liquide de lave-vaisselle (si ça existe?), soit sur la nanoscience (dites plutôt celle-ci, vous auriez l’air plus branché sur la haute technologie). Regardez David, mon collègue de lab: il fabrique des nanoparticules d’or, d’argent ou d’alliage de quelques nanomètres, et sa paillasse ressemble à une véritable palette de peintre. Quant à moi, mon travail était de faire des nanoparticules de médicaments… qui étaient tous blancs. Pourtant, ce n’est pas moins le fun : je mettais les médicaments sous le laser, et après, je « devine » comment ceux-ci se sont transformés.
C’est un avant-goût de mes billets à venir sur la recherche dans mon lab. Alors si cela vous intéresse d’en connaître un peu plus, consultez cette vidéo « L’ère de la théragnostique » faite à l’École Polytechnique de Montréal. Elle parle de mon groupe de recherche :
http://www.youtube.com/v/R4zGO162Cz4?autoplay=1&rel=0&enablejsapi=1&playerapiid=ytplayer
Vous pouvez aussi me laisser des commentaires. À la prochaine! |